C'est la visite du site internet de Tin Hunter :
http://www.icmesa.com/tinhunter/Tocksfors/Universal.htm
et plus particulièrement la vue de cette photo d'un Break DKW 3=6 Universal
/http%3A%2F%2Fwww.icmesa.com%2Ftinhunter%2FTocksfors%2FUniversal.jpg)
qui déclencha la découverte de cette magnifique casse.
En effet, un voyage en Scandinavie est au programme des prochaines vancances, or,
comme je restaure une auto absolument identique et que la recherche de pièces pour
ce type de véhicule relativement rare n'est pas sans poser quelques problèmes, je pense
qu'il pourrait ètre judicieux de visiter cette casse, si toutefois elle existe toujours, dans l'espoir secret
de prélever des pièces comme les feux ou les pare-chocs arrière ou encore et surtout le pare-brise
spécifique a ce modèle construit à seulement 19 000 exemplaires.
Contact est pris avec Tin Hunter qui m' indique que cette casse se trouve à Bästnäs mais il m'informe qu'il n'est absolument pas sûr que cet endroit existe encore car sa visite date de
1990, nous sommes en 2005 et les nouvelles lois européennes en matière de pollution menacent le site.
Qu'à cela ne tienne, notre itinéraire de vacances passe à une centaines de kilomètres seulement de Bästnäs et, ce n'est rien au regard des distances parcourues en Scandinavie, nous
ferons le détour et visiterons cet endroit.........................
......................................................... Nous voila donc, après un périple de 3 semaines et 10 000 km parcourus, dans la petite commune de Töcksförs, nous ne devons
plus ètre très loin mais notre carte n'est pas assez précise et aucun panneau n'indique Bästnäs. Sur la piste d'une station essence, photo du break en main et dans un anglais
assez approximatif, nous interrogeons un jeune sur la présence dans le coin d'un terrain avec des carcasse de voitures. Il connait très bien et nous indique de prendre un petit chemin a
gauche après l'église.
Ici les distances kilométriques ne sont pas indiquées et les temps de parcours tout a fait relatifs car souvent entrecoupés de traversées de bac, c'est pour cette raison que la réponse à ma
question posée au jeune à la station sur la distance a parcourir est restée évasive.
Mais voila bientot plus d'une demi heure que nous roulons sur ce chemin en terre battue à peine carossable, nous avons tout juste dépassé quelques chalets perdus dans la forêt et évité
quelques rennes, nous avons beau écarquiller nos yeux pour tenter d'apercevoir l'éclat d'un chrome ou le clin d'oeil d'un phare a travers les sapins, rien ! Toujours ce chemin interminable
qui met a mal nos amortisseurs et recouvre l'auto un épais manteau de poussière blanche.



"Bästnäs : Les voitures et le temps
Nous découvrons Bästnäs lové dans les forêts du Värmland près de la frontière entre la Norvège et la Suède. Des centaines de voitures des années 50 - et 60 - montent le long de la
lisière de la forêt. L’endroit se ressent comme un havre de paix et de recueillement. Seul le vent dans la cime des arbres rompt le silence. Une tribu d’ écureuils a investi les sapins. Nous
évoluons lentement et tranquillement dans un paysage irréaliste d épaves de voitures nervurées par la rouille: un sanctuaire automobile en 2008.
Pour nous, ce fut un projet d’étude de l'archéologie contemporaine, une étude de l'activité humaine dans un passé proche. Les épaves sont devenus des objets d'individualité et de la
personnalité.
Nous avons commencé notre enquête sur les sanctuaires automobiles en recensant et analysant un grand nombre de voitures dans divers stades de décomposition.
Sur le chemin, nous avons découvert des intérieurs cachés et inaccessibles et les détails qui nous ont aidés à mener une identification systématique des modèles de voitures.
Bastnas est considérée comme une œuvre artistique où la nature est l'acteur principal. Un monument à la rouille qui
continue à s'enfoncer dans la terre et termine de se briser sous les derniers regards …
Les arbres, mousses, lichens, la neige, la pluie et le vent transforment les carrosseries, les sièges et tableaux de bord.
Le plus frappant est la rouille, la rouille dans toutes ses nuances, de la chaleur du brun-rouge à la fraicheur du gris.
Nous sommes plus proche des voitures et, au delà de la rouille apparaît une gamme surprenante de couleurs à travers l’apparente
grisaille des tôles.
Les voitures ont sombré dans un état de sommeil réparateur, elles semblent attendre que quelqu'un vienne et les appelle par leur nom. La cavité vide d’un phare, le pare-chocs
bosselé et tordu, le chrome couvert de bulles de rouille donnant à chacune d’entre elles une personnalité.
Un lieu de recueillement et de réflexion sur le vieillissement et l'éphémère. La limite entre l’abandon et l'effondrement total a changé la perception de vieux objets utilisés.
L'épreuve du temps affecte non seulement les chiffres, le chrome et la peinture, mais aussi leur propre aspect : une réflexion sur le laid et le beau telle l'étoile de capot
pointée vers le ciel, presque comme neuve, miraculeusement préservée de la lente dégradation..
Bastnas est un monument à un temps révolu. Aujourd'hui cet endroit ne serait plus possible.
Les Frères Tore et Rune IVANSSON ont grandi à Töcksfors, mais ont déménagé en 1952 à Bastnas et ont ouvert leur atelier de
mécanique « Ivansson Bil- och Motorverkstad »
Tore avait 18 ans et Rune seulement 14. Les deux Frères avaient un vaste réseau de contacts dans le sud de la Suède et ont acheté des voitures anciennes ou récentes à des particuliers
ou à bas prix à des collègues qui avaient trop de voitures en stock. Les voitures étaient vendues en pièces détachées, moteurs et boîtes de vitesses ont été les plus
demandés. Les autos qui pouvaient ètre réparées l’étaient et Rune est rapidement devenu un maître dans la réparation automobile..
On raconte de longs embouteillages au début des années 60. Les Norvégiens recherchaient des voitures d'occasion ou des pièces pour leurs modèles '50 fatigués, à un moment où les ventes de voitures étaient encore soumises à des restrictions en Norvège. A cette époque, beaucoup de voitures en Norvège ont été réparées a partir de pièces de Bastnas transportées à travers la frontière par la douane de Töcksfors/Orje ou peut-être clandestinement par la route forestière qui traverse la frontière à quelques kilomètres.
A la fin des années ’60 debut, 70. Le gouvernement à introduit de nouvelles règles plus strictes concernant les dommages environnementaux. Les voitures sont des déchets dangereux et les nouveaux règlements sur les permis d’exploiter obligent les deux frères à renoncer à leur travail, bien que leur activité soit aujourd’hui toujours répertoriée dans l'annuaire téléphonique sous la rubrique: Bilskrot, Forsaljnings (pièces pour voitures automobiles anciennes)
Il est vrai qu’ils vendent encore occasionnellement des pièces pour les amateurs de voitures anciennes. Les visiteurs viennent de partout dans l'Europe du Nord, mais d'abord et avant tout, se sont les photographes qui immortalisent la maison de Rune en souvenir d’un séjour mémorable.
Les opinions sur les voitures de Bastnas sont partagées : Un tas d'ordures ou une œuvre d'art ?
Selon le comptoir de l’environnement du canton de Arjang ,quand on n'a plus de licence pour exercer l’activité de « démolition » on doit libérer le site et le réorganiser.
Mais la commune est divisée, le patrimoine culturel souhaite protéger le site et lui donner le statut de "lieu de
conservation d’un point de vue culturel."
Pourtant, en aout 2006, 250 voitures sont retirées du site à la demande d'un voisin parce que les voitures sortaient du domaine privé.
« Ils auraient pu attendre mon enterrement » a déclaré Rune Ivanson au ‘’Värmland magazine People’’ le jour ou les voitures ont été emmenées.
Autour d’une modeste cabane en rondins sont regroupées des marques défuntes comme, Borgward, DKW, Hillman, Jowett, Mostvitch, Panhard, Simca, Standart ou Wolseley empilées avec d'autres noms bien connus tels que Ford , Opel, Volvo, Volkswagen ou Saab
C'est ici que finissent les restes de structures d'avant-garde, d’ inventions techniques, de nouveaux
matériaux ou de design innovants. Un témoin sur les années d’optimisme en Europe après la Seconde Guerre mondiale, d’ une époque où les essuie-glaces restaient une option et où la crise
du pétrole et la pollution étaient tout simplement des prophéties apocalyptiques .
Les voitures qui sont ici ont pour la plupart contribuées à rendre publiques des petites et moyennes entreprises embryons de l’automobilisme de masse.
Prenez la première moitié des années cinquante : L'année 1956 par exemple, un peu moins de 11 000 voitures neuves ont été
vendues en Norvège: La demande était énorme.
Les rues et les routes étaient encore pleines d’autos pourvues de freins mécaniques à câbles et de moteurs qui buvaient du carburant en grande quantité.
Les pare-brises panoramiques pour une meilleure vue et l’arrivée des premières ceintures de sécurité offraient un nouveau concept publicitaire
Après la guerre, il a été introduit des restrictions strictes sur les importations de voitures. Le but était de restreindre l'utilisation de la monnaie norvégienne dans le commerce international. Les accords commerciaux et le troc de harengs avec l’URSS ont fait que ces limitations ne s'appliquaient pas aux pays situés derrière le rideau de fer, de fait, les Pobeda, IFA, Skoda, Moskvitsch et Warsawa ont prospéré sur la liste des dix marques les plus vendues. La qualité des voitures était toutefois considérée comme relativement faible, les lourdes caisses en bois fabriquées par les soviétiques dans lesquelles les voitures étaient conditionnées en étaient presque plus solide que les voitures elles-mêmes, toutefois le bois était adapté comme matériau de construction et la demande en fabrication de cabanes de montagne importante.
Les voitures occidentales étaient d'une qualité différente de celle d' Europe de l'Est et de nombreuses idées créatives ont été mises en pratique pour contourner la réglementation.
Pour obtenir une voiture, un visa était nécessaire. L'examinateur en charge des dossiers raconte d'innombrables histoires de bouteilles de whisky qui s’échangeaient pour savoir qui avait reçu l'un de ces visa. Souvent, les gens bien informés contactaient le concessionnaire : j'entends que vous avez eu un visa ? : j'ai une affaire pour vous !
L'Association Médicale Norvégienne a, par exemple, envoyé une cargaison de médicaments en Grande Bretagne et en retour obtenu des voitures britanniques.
Celles-ci ont ensuite été distribuées aux membres de l’association sur demande.
Si vous aviez de la famille aux États-Unis il n’était pas difficile d'obtenir une fierté en chromes brillants. Il suffisait juste de justifier que vous aviez reçu la voiture comme un cadeau de votre cousin. Même si tous savaient que vous aviez réussi à envoyer de l'argent à cette fin.
En 1960, un total d'environ 200 000 véhicules étaient immatriculés en Norvège. Les restrictions à l'importation ont été retirées le 1er Novembre 1960 et les ventes de voitures ont augmenté de façon spectaculaire. Aujourd'hui, la flotte de voitures s’élève à 2,2 Millions.
Mais heureusement, à Bästnäs, nous pouvons voir ce qui se passe sur des machines créées par l'homme lorsque nous laissons la nature prendre soin de leur destruction"
Per HJORTH - Rolf LARSEN
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